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Hello--Kitty dans le coma profond

Inscrit le: 03 Nov 2010 Messages: 2053
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Posté le: Sam Juil 14, 2012 12:49 Sujet du message: |
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Je trouve que c'est plutôt, et de loin, le style dominant depuis ces mecs-là, Skorecki, Lefort... |
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Trollope dans le coma profond
Inscrit le: 04 Oct 2011 Messages: 637
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Posté le: Sam Juil 14, 2012 12:54 Sujet du message: |
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Hello--Kitty a écrit: | Je trouve que c'est plutôt, et de loin, le style dominant depuis ces mecs-là, Skorecki, Lefort... |
Je pensais à la phrase débile sur Chabrol qui dort trop. Lefort, jamais lu, mais comme émule de Skorecki, je ne connais guère que Conufs. |
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Trollope dans le coma profond
Inscrit le: 04 Oct 2011 Messages: 637
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Posté le: Sam Juil 14, 2012 13:01 Sujet du message: |
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Baldanders a écrit: | Trollope a écrit: | D'ailleurs, pourquoi tu as posté ça Baldanders ? Ce texte est très mauvais. |
Par curiosité envers ce que le bon vieux Louis écrivait il y a plus de 15 ans sur Chabrol, et puis pour la comparaison avec Mocky. Inutile d'y passer trois ans. |
Non, non. Je me disais simplement que Skorecki parfois peut paraître un peu fat et très énervant. Pour la comparaison avec Mocky, faut voir le film après. |
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Conufs dans le coma profond

Inscrit le: 19 Fév 2010 Messages: 1399
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Posté le: Dim Juil 15, 2012 8:05 Sujet du message: |
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Trollope a écrit: | Hello--Kitty a écrit: | Je trouve que c'est plutôt, et de loin, le style dominant depuis ces mecs-là, Skorecki, Lefort... |
Je pensais à la phrase débile sur Chabrol qui dort trop. Lefort, jamais lu, mais comme émule de Skorecki, je ne connais guère que Conufs. |
Je ne sais meme pas qui c est. Et je m'en tape pour dire vrai.
Lefort, oui. Un neuneu de la critique il me semble, qui aime les lunettes a monture sombre et Arte. |
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Hello--Kitty dans le coma profond

Inscrit le: 03 Nov 2010 Messages: 2053
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Posté le: Dim Juil 15, 2012 9:52 Sujet du message: |
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Baldanders a écrit: | Mais quand même, il me semble que plus personne ne fait ça, balancer comme ça au milieu d'un article quelques noms qui n'ont rien à voir avec le sujet, juste pour emmerder le monde. |
Je dois dire que je suis toujours hostile à Skorecki... Là il me donne l'impression d'un type qui n'arrive à rien d'autre en faisant ça qu'à "choquer le bourgeois". Et dans les 7 noms qu'il balance, il y a au moins trois personnes que j'aime beaucoup (Claude Berri, Jean-Jacques Beineix et Jacques Doillon).
J'imagine qu'il dit ça au moment où ces cinéastes-là rencontrent le succès, au moment où ils font vivre le désormais célèbre "cinéma du milieu" (quand Berri fait ses Pagnol, Beineix après 37°2 et quand Doillon fait des films avec Huppert et Dalle), mais quand on voit ce qui est arrivé par la suite... Berri est revenu à une veine modeste et obsessionnelle qui a eu des succès divers (bide de La débandade), Beineix a été laminé et n'a plus jamais pu faire de film, Doillon ne pouvait plus monter ses projets au-dessus de 2M d'euros. Pendant ce temps, Chabrol continuait à financer ses films pépère tous les deux ou trois ans en s'appuyant sur le casting, et était invité chez Marc-Olivier Fogiel pour faire l'imbécile et imiter le dindon (ça ne me dérange pas du tout, j'étais très content pour lui, tant mieux s'il s'est révélé être un "bon client" des talk shows).
Sinon, le texte qui valorise les films mineurs et "vifs" d'un réalisateur en comparaison de ses chefs d'oeuvre, c'est devenu une spécialité d'Axelle Ropert aujourd'hui - ce qui n'est peut-être pas très étonnant en fait, c'est bien elle qui joue dans le film de Skorecki, non ? Peut-être une disciple ? |
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Baldanders dans le coma profond

Inscrit le: 23 Déc 2010 Messages: 960
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Posté le: Dim Juil 15, 2012 18:05 Sujet du message: |
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Louis Skorecki a écrit: |
Les Amants du Pont-Neuf
17 septembre 1997
On parle beaucoup de Leos Carax ces temps-ci. Son prochain film, sur lequel flotte une odeur de secret, comme au bon temps de Mauvais Sang, vient de figurer à Cannes en manière de court métrage teasing : on y voit une Catherine Deneuve maquillée baroque qui ne présage, a priori, rien de bon. Ceci dit, sans être un génie, Carax reste un imitateur très doué, ce qui n'est pas rien par les temps de lumpen pastichages qui courent. Lui, au moins, sait recycler avec talent ses souvenirs de jeune cinéphile aux « 400 coups » pas trop prolétaires. Mais, au-delà de ses talents de pasticheur du Godard première période (Boy Meets Girl est un A bout de souffle maniéré, Mauvais Sang reprendrait plutôt le filon Détective mâtiné de Cassavetes), c'est un jeune artiste de talent. On ne rappellera pas ici le désastre économique des Amants du Pont-Neuf. Sans en référer à l'ombre tutélaire de Stroheim ou même aux catastrophes économiques plus récentes de Cimino (Heaven's Gate), il semble qu'un rien de délire monomaniaque ait poussé le jeune Carax hors de ses rails habituels. Désirant sans doute donner à sa muse, la belle Juliette Binoche, un rôle joliment défiguré, entre Esmeralda et Quasimodo, il a multiplié les gaffes visuelles, faisant de ces Amants au script si prometteur une revisite à peine déviante du bon vieux Roméo et Juliette. Le plus intéressant dans ce film outrancier mais aussi joliment stylisé, ce n'est pas le Pont-Neuf grandeur nature, mais les avancées à peine néoréalistes d'un Carax rohmérien (celui du Signe du Lion, autobiographie fantasmée clodo), prenant peur en même temps que plaisir au portrait de lui en quart-mondiste jongleur que nous donne l'inspiré Denis Lavant. Sentimental et écorché, ces Amants du Pont-Neuf nous regardent au bout du compte, quand même. Arrêtons d'accabler Leos Carax en n'aimant de lui qu'un film sur deux. Il faut juger film par film. Attention, Leos, le peuple cinéphile t'attend au tournant. |
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Trollope dans le coma profond
Inscrit le: 04 Oct 2011 Messages: 637
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Posté le: Lun Juil 16, 2012 8:49 Sujet du message: |
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Conufs a écrit: | Trollope a écrit: | Hello--Kitty a écrit: | Je trouve que c'est plutôt, et de loin, le style dominant depuis ces mecs-là, Skorecki, Lefort... |
Je pensais à la phrase débile sur Chabrol qui dort trop. Lefort, jamais lu, mais comme émule de Skorecki, je ne connais guère que Conufs. |
Je ne sais meme pas qui c est. Et je m'en tape pour dire vrai.
Lefort, oui. Un neuneu de la critique il me semble, qui aime les lunettes a monture sombre et Arte. |
Cela veut-il dire que je t'ai confondu avec le type dont tu mets le blog en signature ? My bad, alors. |
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Trollope dans le coma profond
Inscrit le: 04 Oct 2011 Messages: 637
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Posté le: Lun Juil 16, 2012 9:08 Sujet du message: |
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J'aime Skorecki à 50 pour cent, pour employer une expression idiote, mais c'est quand même un type extrêmement partial. Je ne sais pas ce que vous pensez du dernier Cavalier, que je n'ai pas vu, mais ça a l'air du sacré merde, mais Skorecki prend quand même la peine de sortir de sa stance et d'écrire quelque chose comme "le cinéma est une bien petite chose, mais Pater est un miracle..." ou je ne sais quoi. |
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Hello--Kitty dans le coma profond

Inscrit le: 03 Nov 2010 Messages: 2053
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Posté le: Lun Juil 16, 2012 14:18 Sujet du message: |
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Baldanders a écrit: | D'où te vient cette hostilité ?. |
Ses mise-en-scène machistes dans ses textes pour Libé (textes qui ne valent pas plus que les délires péremptoires que l'on s'autorise de temps en temps dans le Chat Machine). Ses problèmes récurrents avec les Juifs (en particulier les gens que j'aime: Lanzmann, Berri). Son côté Jean-Pierre Coffe ("c'est de la merde...")
Baldanders a écrit: | Moi, je ne vais pas lui reprocher ses piques contre Berri vu le pouvoir que ce dernier a concentré dans ses mains et ce qu'il en a fait (au fait, qu'est-ce qui te le rend si sympathique ?) |
D'abord je l'aime sincèrement comme metteur-en-scène, en particulier ses premiers (Le cinéma de papa, Sex shop, mais aussi Un moment d'égarement, et Le maître d'école que j'aime beaucoup) et derniers films (La débandade, Une femme de ménage). Ensuite, c'est quelqu'un qui a toujours bien traité les gens avec qui il travaillait. Enfin, il a produit Tess. Et puis l'humilité de sa biographie ("humilité" n'est pas le bon mot) m'a sincèrement impressionné.
Pour revenir à Skorecki, je le connais moins que toi. Pour moi, ça a toujours été une sorte de hussard, mais sans le côté sympathique que peuvent avoir les hussards, quand on les sent un peu hédonistes, un peu anars... |
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Hello--Kitty dans le coma profond

Inscrit le: 03 Nov 2010 Messages: 2053
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Posté le: Lun Juil 16, 2012 14:26 Sujet du message: |
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J'aimerais bien que Diane Kurys réalise une autre chronique bien fichue et modeste, comme Diabolo menthe ou La Baule - Les pins. Mais non. Elle commence aujourd'hui le tournage de Pour une femme.
Citation: | Anne a beaucoup d'imagination. Normal, elle est romancière. Mais à 35 ans, elle ne sait toujours rien de son passé. Parce que son père se tait, parce ...que sa soeur se tait. Parce qu'il vaut mieux ne pas toujours savoir...
Après la disparition de sa mère, Anne retrouve des photos et des lettres et décide de se pencher sur la relation de ses parents, Michel et Léna, quand ils vivaient à Lyon en 1947. Ce sera le sujet de son prochain roman.
Au cours de ses recherches, elle va découvrir l’existence de Jean, un oncle mystérieux, que tout le monde veut oublier et dont on parle encore comme d’un fantôme... Peu à peu, elle s’approche d’une vérité qu’elle cherchait sans le savoir. Mais le temps presse: son père est malade et pourrait bien emporter avec lui ce secret qui les a tenus si longtemps éloignés l’un de l’autre.
Entre la France d’après-guerre et celle des années 80, les destins d’Anne et de son père se juxtaposent, s’emmêlent pour ne plus former qu’une seule et même histoire. |
casting:
Benoît Magimel
Mélanie Thierry
Nicolas Duvauchelle
Sylvie Testud
Denis Podalydès
Julie Ferrier
Clotilde Hesme
Clément Sibony
A part Magimel, le casting est bon. |
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Hello--Kitty dans le coma profond

Inscrit le: 03 Nov 2010 Messages: 2053
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Posté le: Mar Juil 17, 2012 17:42 Sujet du message: |
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Dans la série des pièces de théâtre ou des one man shows qui deviennent un film, le tournage de Les garçons et Guillaume à table, premier film de Guillaume Gallienne, vient de commencer.
Citation: | Le film retrace le défi que doit relever Guillaume, engagé dès l'âge de huit ans dans un combat tragicomique qui le fera passer du rôle de fille à celui d'homosexuel... Jusqu'à la rencontre à 30 ans avec celle qui deviendra, après sa mère, l'autre femme de sa vie. Au-delà d'un "coming out" hétéro, le film raconte la naissance d'un acteur qui de la bourgeoisie aux planches, n'a jamais cessé d'aimer les femmes, trop peut-être… |
C'est avec Guillaume Gallienne, Diane Kruger, André Marcon et Françoise Fabian.
Un extrait du spectacle |
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Hello--Kitty dans le coma profond

Inscrit le: 03 Nov 2010 Messages: 2053
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Posté le: Mar Juil 17, 2012 17:52 Sujet du message: |
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Baldanders a écrit: | A la Fémis, tous les "jeunes" cinéastes français qui en parlaient le détestaient, ce qui me le rendait encore plus sympathique. |
Tu veux dire les étudiants ou les jeunes cinéastes qui passaient encadrer ?
Baldanders a écrit: | Sinon, je ne sais pas à quel point c'est la judéité de Berri ou Lanzmann qui lui posait problème, étant donné qu'il est lui-même juif |
Oui, comme Rony Brauman !  |
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Baldanders dans le coma profond

Inscrit le: 23 Déc 2010 Messages: 960
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Posté le: Mar Juil 17, 2012 18:24 Sujet du message: |
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http://theballoonatic.blogspot.fr/2008/02/tel-est-skorecki-4.html
Et la suite :
Citation: | Louis Skorecki a consacré un article à Nuit et Brouillard (Libération du 24 octobre). Chaque fois que ce critique parle de la Shoah terme qu'il refuse du reste, lui préférant celui d'Holocauste , comme il le fit récemment à propos de Sam Fuller et, ici, d'Alain Resnais, il éructe absurdement à l'endroit de Claude Lanzmann et de son film-monument, Shoah. Les critiques sont certes libres d'apprécier les oeuvres qu'ils critiquent. Mais cette liberté doit être régulée par une déontologie. Et le premier impératif de cette déontologie est de ne pas écrire de contrevérités. Aucun paysan polonais n'est «supplicié» dans Shoah, fût-il de «basse extraction» car tel est l'odieux procès d'intention fait à Lanzmann : il «supplicierait» de préférence les humbles ; celui auquel pense M. Skorecki est si peu supplicié qu'il s'esclaffe en répondant aux questions froides, neutres, précises, que lui pose le cinéaste. Le spectateur, lui, est supplicié par le rire gras du paysan polonais : c'est tout autre chose.
Jean-Paul Sartre définissait ainsi la fonction du critique : il n'est pas vrai que, lorsque Blanchot écrit sur Mallarmé, il nous instruit avant tout sur Blanchot, «il faut en revenir à des vérités fort simples et fort vulgaires : dans un bon ouvrage critique, on trouvera beaucoup de renseignements sur l'auteur critiqué et quelques-uns sur le critique. Contre les banalités subjectivistes, il faut restaurer la valeur de l'objectivité».
Quand M. Skorecki laisse entendre que Lanzmann est non seulement un tortionnaire de Polonais, mais encore l'auteur d'une néfaste invention, «le Juif» invention selon lui terrifiante, honteuse, vengeresse , quand il rêve éveillé d'un Holocauste «immaculé», d'un Holocauste sans Juifs, il nous instruit surtout sur son propre pathos, qui ne regarde que lui. L'«objectivité», ici, c'est que Shoah, contrairement aux dires de M. Skorecki, est un formidable outil pédagogique, distribué aux lycées et collèges de France par le ministère de l'Education nationale : il est projeté dans ces lycées, il a un impact immédiat sur les élèves (même «de basse extraction»).
Juliette Simont
Mon père, qui était de Gdansk, et qui était juif, m'a toujours dit de ne jamais dire du mal des Polonais. Il est mort avant de m'expliquer pourquoi. J'ai toujours obéi à mon père. Je continue.
L.S.
http://www.liberation.fr/courrier/010166677-oui-shoah-est-un-formidable-outil
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kleber dans le coma profond

Inscrit le: 07 Nov 2010 Messages: 212
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Posté le: Mar Juil 17, 2012 19:12 Sujet du message: |
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Au passage :
Citation: | Henri Meschonnic
POUR EN FINIR AVEC LE MOT SHOAH
Paru dans Le Monde, 20-21 février 2005
Jacques Sebag a rassemblé (Le Monde du 27 janvier 2005, p.13) presque toutes les raisons de rejeter le terme « Holocauste » pour désigner l’extermination des Juifs par le nazisme et par Vichy : puisque le mot désigne un sacrifice offert à Dieu, où, au lieu de manger la bête sacrifiée, on la brûle en entier, c'est-à-dire qu’on l’offre en entier à la divinité. D’où le scandale d’user de cette appellation pour dire une extermination voulue par une idéologie sans rapport avec le divin. Appellation qui constitue un « contresens majeur », comme disait Jacques Sebag, mais nullement une « flagrante maladresse de langage". C’est bien plus grave. D’autant que le mot s’est installé, comme il le rappelle, aux Etats-Unis, conforté par la diffusion du film américain du même nom.
Pour condamner « Holocauste », il faut ajouter que non seulement le terme implique une théologie qui justifie le meurtre de masse en le présentant comme une dévotion et un sacrifice en paiement des péchés, ce qui en fait une punition divine – sacrilège maximal au nom du religieux, mais c’est aussi, parce que c’est un terme grec, qui vient de la traduction des Septante, texte de base du christianisme, une christianisation , une archéologisation.
Le consensus s’est déplacé, en français, sur le mot « shoah », lui aussi porté par un film à succès, celui de Claude Lanzmann. Mais autant Jacques Sebag rassemble avec énergie l’argumentation « pour en finir avec le mot Holocauste », autant il semble, comme tout le monde, accepter le mot « Shoah » et même le justifier : « Shoah dit la judéité de la victime et souligne, à juste titre, sa spécificité religieuse et culturelle".
Or, là aussi il y a de l’intolérable, et il faut le faire entendre, d’autant plus qu’on ne l’entend pas. Car le réquisitoire anti-holocauste s’accompagnait d’une légitimation, qui empêche de voir le problème : « Shoah, donc, dont la signification en hébreu est ‘destruction’, ‘anéantissement’ ; et génocide pour ‘extermination de tout un groupe humain’ », « Shoah, dont la connotation religieuse désigne également un ‘déluge’, un ‘cataclysme’, renvoie aussi à l’idée de ‘catastrophe naturelle’. Etymologie biblique dont la modernité du terme se serait bien passée, introduisant du providentiel… ».
Les références mêmes à l’hébreu, avec l’apparence du savoir, inversent toute la réalité historique du mot, et aggravent un contresens généralisé qui ne semble gêner personne. Ce qui accroît le scandale.
Car le mot « shoah » n’a pas du tout, en hébreu, de « connotation religieuse », et il ne désigne pas « également » un cataclysme et il ne renvoie pas « aussi à l’idée de ‘catastrophe naturelle’ ». Le mot n’a rien à voir avec du massacre, il n’introduit pas non plus du « providentiel ».
Le scandale, que la médiatisation du mot rend inaudible, est que c’est un mot qui, dans la Bible où il se rencontre treize fois, désigne une tempête, un orage et les ravages (deux fois dans Job) laissés par la tempête dévastatrice. Un phénomène naturel, simplement.
Il y a d’autres mots, dans la Bible, pour désigner une catastrophe causée par les hommes. Le scandale est d’abord d’employer un mot qui désigne un phénomène de la nature pour dire une barbarie toute humaine.
L’hébreu dit, par exemple, hurban. C’est le mot qu’emploie Manès Sperber dans Etre Juif (Odile Jacob, 1994). Je ne connais que trois auteurs qui emploient ce terme : Manès Sperber, Canetti, et Daniel Lindenberg, dans Figures d’Israël (Hachette, 1997), qui note que Hurb(a)n, en hébreu, égale « destruction, ruine (forme yiddish : hurbn) ». Terme qui serait « peut-être plus approprié, pour désigner le génocide nazi des juifs, entre 1941 et 1945 ».
Le consensus s’est collé sur le mot shoah. Ecrit à l’anglaise. Et ce mot est une pollution de l’esprit. Pour plusieurs raisons, qui tiennent à ses effets pervers.
Il n’y a pas à céder, un peu vite et lâchement, à l’argument qui mettrait le rappel du sens biblique de ce mot au compte d’un souci déplacé pour une archéologie du langage. Il est vrai que l’histoire ne cesse de montrer que des mots prennent des sens nouveaux, perdent des sens anciens.
Mais il n’est pas anodin d’avoir pris, pour nommer une horreur toute ciblée, un mot d’hébreu biblique.
Il y a là d’abord une insensibilité au langage qui juge ceux qui l’acceptent et s’y associent sans même le savoir, sans chercher à le savoir.
Ici intervient un autre aspect du scandale de ce mot, c’est qu’il est présenté comme le « nom définitif » de l’innommable. Tout se passe comme si Claude Lanzmann, l’auteur du film Shoah, identifiait son film à la nomination de l’innommable même, ayant choisi ce nom hébreu, de son propre aveu, parce qu’il ne connaît pas l’hébreu (Libération, 24 janvier 2005, p.28 ) : « J’ai choisi ce nom parce que je ne comprenais pas ce qu’il voulait dire ». Où se mêlent l’idée de « destruction » et « aussi bien une catastrophe naturelle ». D’où est privilégié l’« opaque », renforçant ainsi l’identification entre l’innommable au sens d’une horreur que le langage ne peut pas dire, et l’effet de nom « éponyme », « acte radical de nomination », qu’il s’approprie : « L’auteur de la Shoah, c’est Hitler. Lanzmann, c’est l’auteur de Shoah ».
Il ne s’agit pas du film lui-même, sinon que son succès a amplifié l’installation du terme « éponyme ». Aggravant un problème qu’il ne voit même pas.
Les nazis avaient des raisons qui étaient propres à leur tactique pour recourir à une terminologie de masquage, qui était en même temps explicite : « solution finale », « évacuation » (pour déportation). Il n’y avait là rien d’innommable ou d’indicible. Tout était parfaitement nommé.
Les états d’âme concernant la désignation sont apparus en 1944-1945, en même temps que le tabou qui rendait inaudibles les récits des témoins et survivants.
L’invention du terme « génocide » est assez vite devenue matière à problème, celui d’une spécificité-unicité. Revendiquée par les uns, refusée par les autres, étant donnée la multiplication des massacres de masse : génocide arménien, cambodgien, rwandais… ce que récemment l’apparition du terme « judéocide" tend peut-être à conjurer.
Car il y a bien, chaque fois, une spécificité, une unicité. La juive tient à tout un héritage d’enseignement non du « mépris », comme disait Jules Isaac, mais de la haine. Un héritage théologico-politique qui s’est biologisé, radicalisé, selon une rhétorique remarquable d’inversion : la haine contre ce que Hegel appelait la religion de la haine opposée à la religion de l’amour – le christianisme. Même rhétorique de l’inversion et je la mentionne parce qu’elle est essentielle, dans l’utilisation des Protocoles des Sages de Sion : une réelle volonté de destruction de ceux à qui on impute cette volonté de destruction. C’est la continuité de l’antijudaïsme chrétien à l’antisémitisme du XIXe siècle, qui aboutit à une radicalisation d’hygiène populiste avec Hitler et Vichy. Parfaitement nommée « solution finale ».
Au passage, puisqu’on en est aux commémorations, je propose qu’on organise un centenaire des Protocoles des Sages de Sion : 1905. Ce serait une occasion unique à saisir pour montrer à tous la bête immonde, et son utilisation par une autre rhétorique d’inversion, tout actuelle, la même et pas la même. Sans oublier que ce sont les arabes chrétiens qui, vers 1920, ont traduit en arabe cette Bible du tuez-le-juif.
Là-dessus, deux problèmes. L’un est que le choix d’un mot hébreu pour désigner la « solution finale » de siècles de haine fait dire dans la langue emblématique des victimes un acte entièrement imputable aux hygiénistes de la race. Ce n’était pas la langue de ceux qu’on a massacrés. L’hébreu leur était une langue liturgique. Sans parler des enfants, dont beaucoup ne parlaient pas encore, mais Drieu La Rochelle avait dit de ne pas oublier « les petits ». Nommer cet acte en allemand, Endlösung, serait aussi faire offense à ceux qui ont les premiers rempli les camps, et la langue allemande n’y est pour rien.
L’autre problème, dans ce mot empoisonné, c’est une victimisation tout aussi totalitaire que le massacre: ce qu’Ami Bouganim appelle le « traumatisme de la shoa », dans Le juif égaré (Desclée de Brouwer, 1990). On retrouve l’interdit énoncé par Adorno en 1949, qu’il serait barbare et impossible d’écrire des poèmes après Auschwitz.
Ainsi shoah condense un « culte du souvenir » qui s’est mis à dévorer ce qui reste de vivant chez les survivants. Le procès apparemment fait à un mot porte sur tout ce qui porte ce mot, comme dit Yeshayahu Leibowitz : « La grande erreur d’aujourd'hui consiste à faire de la Shoah la question centrale à propos de tout ce qui concerne le peuple juif », et la Shoah est devenue ainsi pour certains « le substitut du judaïsme» (dans Israël et judaïsme, Desclée de Brouwer, 1996).
Le mot ramasse ce qu’on a appelé « la question juive ». Qui est tout sauf juive. Une fois de plus, comme écrivait Hegel, les Juifs n’ont pas d’histoire, n’ayant que celle de leur martyre.
Alors, pour lutter contre les rhétoriques d’inversion et de dénégation liées à la victimisation, qu’énonçait déjà Rudolf Hoess, le chef du camp d’Auschwitz, dans ses mémoires, quand il disait que de cette extermination (inachevée) ce seraient encore les Juifs qui en tireraient le plus de profit, et comme tout ce qui touche au langage touche à l’éthique d’une société, donc à sa politique, je proposerais, pour qu’au moins une fois on l’entende, qu’on laisse le mot « shoah » aux poubelles de l’histoire.
Raul Hilberg ne s’en embarrassait pas, dans son livre La destruction des juifs d’Europe. Et lui ne voulait pas du terme d’« extermination ». Il y a eu, et il y a encore, une purulence humaine qui a voulu et qui veut la mort des Juifs. Il n’y a pas besoin d’un mot hébreu pour le dire. On peut le dire dans toutes les langues avec des mots qui disent ce qu’ils veulent dire, et dont chacun connaît le sens.
Le mot « shoah », avec sa majuscule qui l’essentialise, contient et maintient l’accomplissement du théologico-politique, la solution finale du « peuple déicide » pour être le vrai peuple élu. Il serait plus sain pour le langage que ce mot ne soit plus un jour que le titre d’un film.
HENRI MESCHONNIC, poète, essayiste, traducteur de la Bible, professeur émérite à l’Université Paris-8.
http://joelle.zask.over-blog.com/article-32671466.html |
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Hello--Kitty dans le coma profond

Inscrit le: 03 Nov 2010 Messages: 2053
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Posté le: Ven Juil 20, 2012 7:07 Sujet du message: |
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Tournage au mois d'août du film de Claire Denis, Les salauds, avec Vincent Lindon (peut-être) et Chiara Mastroianni. Casting étonnant puisque ces deux-là formaient un couple il y a un peu plus d'un an. Bon, Lindon a bien tourné avec Kiberlain dans le film de Brizé, apparemment il sait gérer ce genre d'affaire.
Philippe Garrel prépare un film qui s'appelle La jalousie.
Asghar Farhadi (Une séparation l'année dernière) va tourner cet automne en France Dominos avec Marion Cotillard et Tahar Rahim. J'aime beaucoup les choix que fait Tahar Rahim (même si je n'aime pas Une séparation). |
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