 |
|
Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant |
Auteur |
Message |
kleber dans le coma profond

Inscrit le: 07 Nov 2010 Messages: 212
|
Posté le: Mar Jan 31, 2012 3:56 Sujet du message: |
|
|
Trollope a écrit: | Il a lu Skorecki mais il ne se revendique pas de Skorecki |
Au temps pour moi, il n'a pas écrit qu'il se revendiquait de mais qu'il "vient" de.
Bon, moi aussi je le lis quand je tombe sur un de ses commentaires, parfois j'aime bien, souvent c'est rigolo, et effectivement le mec a un goût, ce qui est rare (je sais bien que les miens, de goûts, sont très "cinéphiliquement corrects" hein, mais je t'emmerde quand même bichon), là j'ai juste pointé ce qui me gênait dans ce qu'il écrit : d'un côté le lâchage de noms valant caution intellectuelle, de l'autre la petite saloperie gratuite lâchée la bouche en coeur, "morue", — très élégant, très classe.
Enfin je suppose que ce sont les aléas des Citation: | délices du vocabulaire : pour le haut, Storm en pleine action qualifiant de "factice" le faux sperme dont HPG badigeonne l'une de ses actrices ; pour le bas, une amatrice découvrant l'orgasme : "J'ai kiffé grave, c'était trop bon". |
|
|
Revenir en haut de page |
|
 |
Hello--Kitty dans le coma profond

Inscrit le: 03 Nov 2010 Messages: 2053
|
Posté le: Mar Jan 31, 2012 11:29 Sujet du message: |
|
|
J'aimerais beaucoup avoir le temps de relire ce topic et essayer de me mêler finement, autant que je peux, à la conversation, mais je sens que je vais avoir du mal...
Trollope a écrit: | Hello--Kitty a écrit: | Le paysage dans lequel se déploie Sport de filles m'est tellement familier |
ça veut rien dire. Explique. Je veux pas de détails biographiques. Mais familier? Hein?
Explique, merde... |
C'est tout simple, ça veut dire que j'ai vu beaucoup de film de Godard à un moment (ceux des années 80-90 en particulier). Alors quand par exemple il y a le plan où Ganz entre dans la voiture, qu'il y a les pieds nus de l'acheteuse américaine au premier plan, qu'elle fait une demande presque agressive de caresses et puis à la fin un type vient frapper à la vitre pour clore la séquence, c'est une grammaire qui m'est familière. Il y a comme ça énormément de "signes" qui proviennent de l'univers de Godard, non ? La façon de faire se croiser le métal des véhicules et les animaux dans un plan, le mélange des accents étrangers et des langues, la description des classes sociales à la serpette, la muflerie des dominants et l'humiliation répétée des dominés, les dialogues-dictons et les jeux de mots, cette manière de peindre très grossièrement un personnage de fille cabocharde et insoumise, le côté scabreux de certains gestes, la brutalité des fins de séquence... Pardon de faire à mon tour ma petite liste mais voilà, j'ai expliqué pourquoi il me semblait que tout cela constituait un paysage familier. |
|
Revenir en haut de page |
|
 |
Hello--Kitty dans le coma profond

Inscrit le: 03 Nov 2010 Messages: 2053
|
Posté le: Mar Jan 31, 2012 11:50 Sujet du message: |
|
|
Baldanders a écrit: | Il y a toutes ces choses un peu ratées qu'il est facile de répertorier |
C'est vrai. C'est d'ailleurs une facilité à laquelle on cède tous un peu facilement sur la plupart des films.
Baldanders a écrit: | et il y a ce qui est réussi et que je trouve stupéfiant parce que ça sort de nulle part |
C'est là où je suis moins d'accord avec toi. On pourrait même dire que, parfois, Mazuy n'est pas loin d'un rapport presque fétichiste à un certain type de cinéma (cf mon message du dessus). Evidemment, ce n'est pas affaibli et sacralisé comme dans un film d'Honoré, ça semble davantage intériorisé et, disons, davantage "aimé pour les bonnes raisons".
Baldanders a écrit: | Le film est fait de telle façon qu'il a l'air d'avoir rejeté le scénario par-dessus bord (d'où la justesse de ta comparaison avec la lignée Godard/Stévenin), pour ne garder que ce qu'il y a dans chaque scène de nerveux, vivace, tendu.
Mazuy filme des paquets de nerfs. Dans Peaux de vaches, c'était presque trop abstrait. Ici, marié à l'ossature volontariste du récit d'apprentissage, ce paquet de nerfs gagne en corps et fermeté ce qu'il perd d'un autre côté en délire et mystère stéveniens. |
Ça me semble juste. Mais personnellement, je ne peux pas m'empêcher de me demander pourquoi à un moment donné le scénario, qui a peut-être été mis à la porte mais qui inévitablement revient par la fenêtre, s'arrête - il est toujours là mais il s'arrête. D'ailleurs est-ce qu'il s'arrête vraiment ou est-ce qu'il s'enlise ? Pourquoi lorsqu'on arrive en Allemagne le film se met à traîner dans les couloirs avec ces personnages secondaires et ses sous-intrigues répétitives (Balasko, l'Américaine, les clients riches) alors qu'on attend depuis une heure que ça se resserre autour de la jeune cavalière surdouée et du vieil entraîneur cynique (le scénario Million Dollar Baby) ? |
|
Revenir en haut de page |
|
 |
Hello--Kitty dans le coma profond

Inscrit le: 03 Nov 2010 Messages: 2053
|
Posté le: Mar Jan 31, 2012 12:02 Sujet du message: |
|
|
Trollope a écrit: | Morale: Mazuy est surfaite. |
Est-ce que c'est vraiment ça ? Par exemple je trouve que Bonello (que j'aime plutôt bien, sans plus) est surfait, tout simplement parce que L'Apollonide, à mon avis, c'est "réussi". C'est pas mal (ou pas, selon les avis), mais je pense que Bonello ne pourrait pas faire mieux.
Alors que Sport de filles, ça donne l'impression que ça pourrait être mieux.
Pour être clair, on pourrait dire que les deux valent 3/6 mais qu'il y en a un qui est à son plafond, et pas l'autre.
Pourquoi Mazuy ne tourne-t-elle pas plus et pourquoi ses films ne sont-ils pas meilleurs, c'est ce qui me turlupine.
Je n'ai pas lu le scénario de Sport de filles, mais c'est sans doute la plus belle chose qu'on a écrit l'année dernière (ou celle d'avant, je sais pas). Le scénario de L'Apollonide, je n'ose même pas imaginer comme ça devait être chiant (oh, ça devait être bien écrit, mais j'imagine que la narration devait déjà être à chier, le scénario avait été "jeté par-dessus bord" avant même la première phrase).
Citation: | Le synopsis de Sport de filles :
Révoltée par la vente du cheval d’obstacle qu’on lui avait promis, Gracieuse, cavalière surdouée, claque la porte de l’élevage qui l’employait. Elle redémarre à zéro en acceptant de rentrer comme palefrenière dans le haras de dressage qui jouxte la ferme de son père. La propriétaire, Joséphine de Silène, y exploite d’une main de fer la renommée internationale d’un entraineur allemand, Franz Mann, ancien champion cynique et usé dont les riches cavalières du monde entier se disputent le savoir – mais aussi le regard !Ce microcosme de pouvoir et d’argent n’attend pas Gracieuse qui n’a pour seules richesses que son talent, son caractère bien trempé et surtout sa rage d’y arriver. Branchée sur 100 000 volts, prête à affronter Franz Mann lui-même et tous les obstacles – jusqu’à se mettre hors-la-loi, elle poursuit son unique obsession : avoir un cheval pour elle, qu’elle emmènerait au sommet… |
|
|
Revenir en haut de page |
|
 |
Baldanders dans le coma profond

Inscrit le: 23 Déc 2010 Messages: 960
|
Posté le: Mar Jan 31, 2012 12:09 Sujet du message: |
|
|
Hello--Kitty a écrit: | Pourquoi lorsqu'on arrive en Allemagne le film se met à traîner dans les couloirs avec ces personnages secondaires et ses sous-intrigues répétitives (Balasko, l'Américaine, les clients riches) alors qu'on attend depuis une heure que ça se resserre autour de la jeune cavalière surdouée et du vieil entraîneur cynique (le scénario Million Dollar Baby) ? |
Retarder l'accouplement est un des plus vieux effets du monde...
Mais par ailleurs, ce n'est pas ce qui va se passer après cette réunion de la cavalière et de son entraîneur qui semble intéresser Mazuy, mais le bras d'honneur qu'elle constitue en soi. En la rejetant à la toute fin, en la présentant comme fatale aux rapports entre l'entraîneur et son employeuse et entre la cavalière et son entourage, Mazuy porte cette rencontre au pinacle et laisse l'impression de s'en tenir à cette simple (simpliste ?) idée qu'avec le bon complice, on peut envoyer le monde entier se faire foutre...
Ce qui renvoie pour partie à Basse-Normandie, qui avait tout du bras d'honneur de Mazuy et son mec à ceux qui attendaient autre chose de la réalisatrice de Saint-Cyr. |
|
Revenir en haut de page |
|
 |
Baldanders dans le coma profond

Inscrit le: 23 Déc 2010 Messages: 960
|
Posté le: Mar Jan 31, 2012 12:11 Sujet du message: |
|
|
Hello--Kitty a écrit: | Pourquoi Mazuy ne tourne-t-elle pas plus et pourquoi ses films ne sont-ils pas meilleurs, c'est ce qui me turlupine. |
Excellente question, la seule qui vaille. Une partie de la réponse se trouve dans le film, une autre ailleurs. Tu as une idée ? |
|
Revenir en haut de page |
|
 |
Hello--Kitty dans le coma profond

Inscrit le: 03 Nov 2010 Messages: 2053
|
Posté le: Mar Jan 31, 2012 13:59 Sujet du message: |
|
|
Baldanders a écrit: | Excellente question, la seule qui vaille. Une partie de la réponse se trouve dans le film, une autre ailleurs. Tu as une idée ? |
En général, dans ce genre de cas, 3 fois sur 4, je réponds: "Il/elle est mal produit(e)."
Mais là, je fais plutôt confiance aux gens qui gèrent les sous.
Alors je ne sais pas. Là tu me tends un piège pour que je fasse une réponse nulle du genre "évidemment, c'est de sa faute, à Mazuy la gracieuse, puisqu'on sait qu'elle est aussi butée que son personnage, et maintenant c'est bien fait pour elle, comme son personnage elle se retrouve sans cheval et borgne". |
|
Revenir en haut de page |
|
 |
Trollope dans le coma profond
Inscrit le: 04 Oct 2011 Messages: 637
|
Posté le: Mar Jan 31, 2012 15:50 Sujet du message: |
|
|
kleber a écrit: | Au temps pour moi |
L'autre jour, au moment d'utiliser l'expression, je me suis demandé quelle orthographe j'allais adopter, mais j'ai préféré celle qui n'est pas canonique.
kleber a écrit: | Bon, moi aussi je le lis quand je tombe sur un de ses commentaires, parfois j'aime bien, souvent c'est rigolo, et effectivement le mec a un goût, ce qui est rare (je sais bien que les miens, de goûts, sont très "cinéphiliquement corrects" hein, mais je t'emmerde quand même bichon), là j'ai juste pointé ce qui me gênait dans ce qu'il écrit : d'un côté le lâchage de noms valant caution intellectuelle, de l'autre la petite saloperie gratuite lâchée la bouche en coeur, "morue", — très élégant, très classe. |
hum, j'étais bourré. Mais ça me paraît tout de même très exagéré de parler de misogynie. Je me rends compte qu'il m'arrive souvent de défendre valzeur, et moins son style primesautier (qui peut sembler énervant au bout d'un moment), que la lucidité des jugements, et une certaine vigueur général, d'où qu'il se voit accuser, sans doute, d'inélégance, et de manque de classe. Le personnage de Hands est tout de même pas terrible. |
|
Revenir en haut de page |
|
 |
Trollope dans le coma profond
Inscrit le: 04 Oct 2011 Messages: 637
|
Posté le: Mar Jan 31, 2012 16:07 Sujet du message: |
|
|
Baldanders a écrit: | Quant à Cronenberg, il fait des films balisés, propres, repassés, compassés. C'est aussi storyboardé que Mad Men (qui est moins prétentieux). Sport de filles est un avion en pleine tempête, on ne sait pas s'il va nous sortir de là en un seul morceau, mais en fin de compte si. J'aime bien le cinéma pour ça, contrairement aux séries (A Dangerous Method a tout de la série qu'on a comprimée pour en faire un film) : on peut (encore, avant que Cronenberg et Spielberg aient tout stérilisé sur leur passage) y faire l'expérience du vide, du raté, de l'impro, de l'invention hasardeuse, du direct. (Cf. Altman, ce génie, ces jours-ci, à la Cinémathèque.) |
Je suis en train de regarder le Cronenberg. Je crois pas que ce soit storyboardé et j'avais lu une interview de Cronenberg qui allait dans ce sens (il ne sait pas ce qu'il va filmer). C'est plutôt un reproche que je faisais aux frères Coen dont finalement j'apprécie la maîtrise. La scène sur le toit de A Serious Man, c'était quelque chose. Ensuite les coutures sont clairement visibles, c'est l'adaptation d'une pièce de théâtre et ça n'est pas très excitant, c'est agréable à regarder, les filles sont très jolies, on va voir.
Je ne trouve pas que Sport de filles soit si original que ça, et j'ai l'impression de ne pas être le seul à le penser. Il y a une tentative de caractérisation burlesque du personnage principal, le reste est un film américain bizarrement alangui, la scène de l'autoroute, pendant laquelle elle répète son numéro de dressage est nulle, on se demande pourquoi Mazuy l'a gardée. Ensuite je suis très sensible aux critiques de valzeur, parce qu'elles sont très terre-à-terre, limite pratiques, tandis que les idées du film se voient comme des nez au milieu de la figure, ainsi qu'il le fait très bien remarquer. Marina Hands est trop vieille (je crois que j'aurais préféré voir ce film avec une vraie cavalière, même si en l'occurrence je ne vois que du feu), Balasko est moche, et joue mal. Difficile de croire que le personnage de Ganz ait pu passer vingt ans avec elle.
Baldanders a écrit: | De toute manière (je crois que je l'ai dit quelque part), je trouve dégueue la conclusion de Sport de filles. Il y a une phrase que je ne pardonne pas à Gracieuse, ni à Mazuy qui jouit de la mettre en scène, c'est à la fin quand elle dit à Ganz, en parlant de son mec, au moment de le quitter : "Il aime pas qu'on l'aime pas." On ne peut pas assumer une phrase pareille. On ne peut pas faire un film par an avec ce genre de mentalité. A moins de travailler pour une industrie fondée sur le cynisme, comme Fincher, et encore, même là-dedans on exige de toi un minimum d'hypocrisie. |
Tu peux m'expliquer ça ? Je comprends pas. |
|
Revenir en haut de page |
|
 |
Kuni l'hungus dans le coma profond

Inscrit le: 10 Fév 2010 Messages: 1789 Localisation: A votre avis? Enfin si je le trouve.
|
Posté le: Jeu Fév 02, 2012 13:02 Sujet du message: |
|
|
Des noms! (je ne lui poserait pas de questions à lui, un spectre ne répond pas à des questions). _________________ Independent Film!! You know it's like killing babies. [...] If you kill babies and you don't believe in it then that's bad. [...] You know, if you are killing babies and you believe in it, then you are doing something you believe in. |
|
Revenir en haut de page |
|
 |
Baldanders dans le coma profond

Inscrit le: 23 Déc 2010 Messages: 960
|
Posté le: Jeu Fév 02, 2012 15:24 Sujet du message: |
|
|
J'ai revu le film ce matin. Trois remarques.
1) Mazuy maîtrise son moyen d'expression de manière époustouflante. Si la mise en scène, c'est savoir "mettre l'accent où il faut" (Eisenstein), Mazuy est un metteur en scène comme il n'y en a plus vingt. A comparer avec les rigides et scolaires Cronenberg, Akerman, Dumont... Je pourrais détailler chaque scène de Sport de filles, la décortiquer du point de vue du rythme, du jeu d'acteur, des cadres, tout se tient et admirablement. Et pour une raison somme toute aisée à formuler : Mazuy sait ce qu'elle a à exprimer, et elle assume ce qu'il y a à raconter. Elle ne fait pas dans la "recherche formelle", comme on dit, mais dans l'advenue sans détour de ce qu'il y a à faire exister à l'écran. Un exemple entre mille : Jackie, le type qui aimerait bien être "l'homme" de Gracieuse pour faire "de grandes choses" avec elle, il faut voir comment son amertume est rendue par la mise en scène. Passez sur quelques bribes de dialogue un peu trop explicites ("t'aimes les chevaux, pas les gens"), observez son air, sa démarche, son regard surtout, fixe et absent à la fois, celui d'un obsessionnel impuissant, et sa moue, quand au café une vieille copine à Gracieuse retourne à sa place après s'être pris un vent, l'air qu'il a alors de sortir d'un rêve, isolé dans son cadre, et comment il tourne la tête, les yeux vers Gracieuse hors-champ, "elle est dans sa bulle", cette moue déçue d'"esclave" comme dit Gracieuse. Mazuy sait ce qu'elle filme, qui elle filme, elle assume. Et surtout elle en assume la cruauté (cf. 3).
2) Non seulement Mazuy maîtrise son moyen d'expression comme peu de cinéastes, mais elle en fait une démonstration presque insolente, et dont je m'étonne qu'elle n'ait pas frappé plus de critiques. La plupart des spectateurs sont comme moi : ils ne savent rien du dressage de chevaux, et les expressions techniques que Gracieuse répète en boucle au volant de sa camionnette, quand elle est en route vers l'Allemagne, sont pour moi du chinois. Or, le moment-clé, vers quoi convergent tous les espoirs de Gracieuse, toute la soif de renouveau de Mann et toute notre attente de spectateur, c'est la scène où Gracieuse fait la démonstration de son savoir-faire à Mann. Et là, qu'est-ce que le spectateur ignare que je suis vois ? Rien. Je veux dire que je ne comprends absolument rien à ce que Gracieuse montre à ce moment-là à Mann, et alors est-ce que c'est un problème ? Non. Ce n'est pas un problème parce que ce qui compte, c'est ce que le découpage et le jeu (de Ganz), bref la mise en scène, nous racontent : Gracieuse s'imposant aux yeux de Mann. Ce genre de scène, qui est un passage obligé pour la plupart des films américains, y est toujours filmée de manière systématique : travelling-avant vers le spectateur qui prend conscience de la réussite du spectacle qu'il a devant lui. Ici, Mazuy s'y prend plus finement, c'est d'abord un sourire sur le visage jusque-là crispé de Mann, puis il pose son gobelet à côté du poste-radio, retire son manteau, se met en action. A la fin de la scène, il est filmé en plongée, ce qui justifiera qu'il dise plus tard qu'il "admire", "adore" Gracieuse.
3) Malgré tout, la fin du film est ratée, d'abord parce que toute à la réussite de Gracieuse et à l'alliance qu'elle crée entre elle et Mann, et pour ne pas perdre une miette de cette réussite, Mazuy sacrifie le père et Jackie, présentés non pas "comme de la merde" (Borges) mais comme des boulets. Ils n'ont jamais cessé d'être des boulets pour Gracieuse, et le film accompagnant sa seule éclosion, il ne peut pas, dramatiquement parlant, offrir une place respectueuse à ceux qu'elle laisse derrière. Mais cette cruauté ne va pas sans un sentiment de raté, que la toute dernière scène manifeste franchement, quoique peut-être inconsciemment. La voiture s'éloigne avec Mann et Gracieuse à bord, et on entend off ce dialogue : "Vous avez le GPS ? - Oui. - Mais vous vous en servez pas ? - Non. - Mais alors pourquoi vous avez le GPS ? - Parce que c'était dessus." Je crois que Mazuy imagine ça drôle, moi je trouve ça sinistre. On voit bien là qu'on a affaire à deux gamins ricaneurs, dont les échanges seront médiocres dès qu'ils sortiront du cadre de leur activité commune. Le destin de ces deux-là, c'est peut-être le succès, mais un succès entaché de médiocrité, la médiocrité de ceux qui croient pouvoir tout foutre en l'air et vivre en Robinsons. C'est du moins l'impression que m'a laissée cette fin bâclée, précipitée, sans envergure. |
|
Revenir en haut de page |
|
 |
Trollope dans le coma profond
Inscrit le: 04 Oct 2011 Messages: 637
|
Posté le: Sam Fév 04, 2012 4:20 Sujet du message: |
|
|
Il y a un truc insupportable autour du film, c'est quand on te dit que c'est inspiré de l'histoire d'un vrai dresseur, médaillé aux jeux olympiques, et qui, c'est quasi-certain, est un con fini; valzeur a fait remarquer, mieux que je ne saurais le faire, et avec une concision qui m'épate, que le film est défectueux, que le casting est défectueux. Je crois que j'aurais préféré un film où le dresseur soit une meuf, et où, bien sûr, il n'y aurait pas Josiane Balasko. Si éventuellement, dans ce cas de figure, le personnage de Gracieuse, serait resté une nana, c'eût été bien qu'elle fût aussi une bombe, et non pas Marina Hands que j'avais bien aimée dans Le Partage de Midi à la Comédie Française, probablement une des dernières fois où je suis allé au théâtre, et dont les pommettes, et le jodhpur ne me laissent pas tout à fait indifférents, mais hein! |
|
Revenir en haut de page |
|
 |
Trollope dans le coma profond
Inscrit le: 04 Oct 2011 Messages: 637
|
Posté le: Sam Fév 04, 2012 12:17 Sujet du message: |
|
|
Tu penses que les films sont des machines ou qu'ils ont une âme? |
|
Revenir en haut de page |
|
 |
Baldanders dans le coma profond

Inscrit le: 23 Déc 2010 Messages: 960
|
Posté le: Sam Fév 04, 2012 12:28 Sujet du message: |
|
|
Trollope a écrit: | Tu penses que les films sont des machines ou qu'ils ont une âme? |
Des machines qui dévoilent l'âme de leur auteur, pour peu qu'il en ait une. |
|
Revenir en haut de page |
|
 |
Trollope dans le coma profond
Inscrit le: 04 Oct 2011 Messages: 637
|
Posté le: Sam Fév 04, 2012 13:04 Sujet du message: |
|
|
Baldanders a écrit: | Trollope a écrit: | Tu penses que les films sont des machines ou qu'ils ont une âme? |
Des machines qui dévoilent l'âme de leur auteur, pour peu qu'il en ait une. |
J'aime bien, parfois, le filmage anonyme, d'une série comme Hung par exemple, parce qu'on n'a pas à chercher une très hypothétique âme d'un auteur. Je dirais même qu'une série réussie, c'est une collusion assez séduisante (entre les acteurs, les scénaristes), comme le principal intérêt de certaines comédies romantiques, au filmage inexistant, est ce qu'on appellera en français, faute d'une traduction adéquate du terme anglais "chemistry", une espèce d'alchimie entre les acteurs. Je vois surtout dans Sport de filles des intentions: il est beaucoup trop clair. |
|
Revenir en haut de page |
|
 |
|
|
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum Vous ne pouvez pas voter dans les sondages de ce forum
|
|