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[Ze Débat] What's Wrong Wiz Wikileaks...
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Wikileaks sauve le monde ?
Non, je ne crois pas...
55%
 55%  [ 5 ]
Oui, potentiellement...
11%
 11%  [ 1 ]
Han ! Mais pour le compte de qui ?
33%
 33%  [ 3 ]
Total des votes : 9

Auteur Message
Oxyure
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MessagePosté le: Mer Déc 01, 2010 21:13    Sujet du message: [Ze Débat] What's Wrong Wiz Wikileaks... Répondre en citant

Bon, Tiny qui tient le même discours que Barouin sur Wikileaks.... c'est qu'il y a matière à discussion....

Et vous c'est quoi votre avis là dessus ?

Vil populisme ?
Transparence totalitariste ?
Opium du peuple ?
Ecran de fumée ?

QUID ?
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Oxyure. Joue la carte Cow-Boyienn​e de l'obsession

"Liber sed fidelis"


Dernière édition par Oxyure le Mer Déc 01, 2010 22:34; édité 1 fois
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Kuni l'hungus
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MessagePosté le: Mer Déc 01, 2010 22:08    Sujet du message: Répondre en citant

Je ne comprends pas l'expression "vil populisme". En fait, je ne comprends pas le mot "populisme". Mais je crois que je ne comprends ni le mot "peuple", ni le suffixe "isme".
A priori, les deux me font flipper, mais comme je sais pas ce qu'il y a dedans, je sais pas.

Wikileaks, en fait, je comprends pas le délire. Qui s'offusque de quoi? Il révèlent des trucs confidientiels, tant mieux. C'est souvent chiant, mais de savoir q'il existe des journalistes qui cherhcent des documents, quelque part dans le monde, moi, ça me rassure un peu.
Change le monde, non, mais quand même, c'est ouf, quoi. Des journalistes qui cherchent des documents, qui s'informent.
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Averroès
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MessagePosté le: Mer Déc 01, 2010 23:33    Sujet du message: Répondre en citant

Moi j'ai répondu qu'ils sauvaient pas le monde, mais je pense qu'ils incarnent une forme de journalisme appelée à se développer. Pour le meilleur et pour le pire, car c'est du journalisme somme toute très particulier, réducteur, qui ne hiérarchise rien et produit du chiffre... Y a pas mal d'infos divulguées qui servent à rien. Les mots des chefs d'Etat les uns sur les autres, par exemple, c'est bof. Si ça se généralise, ça va juste obliger les politiques à encore plus de langue de bois, plus d'hypocrisie...
Mais je comprends que ça puisse fasciner.
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Kuni l'hungus
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MessagePosté le: Jeu Déc 02, 2010 0:01    Sujet du message: Répondre en citant

Averroès a écrit:
Moi j'ai répondu qu'ils sauvaient pas le monde, mais je pense qu'ils incarnent une forme de journalisme appelée à se développer. Pour le meilleur et pour le pire, car c'est du journalisme somme toute très particulier, réducteur, qui ne hiérarchise rien et produit du chiffre... Y a pas mal d'infos divulguées qui servent à rien. Les mots des chefs d'Etat les uns sur les autres, par exemple, c'est bof. Si ça se généralise, ça va juste obliger les politiques à encore plus de langue de bois, plus d'hypocrisie...
Mais je comprends que ça puisse fasciner.


Bah le monde (le vrai, pas le journal) regorge d'information dont personne n'a strictement rien à foutre. En efft, untel a dit ça de untel, piapia, c'est du niveau comérages. Et si même les commérages sont sourcés ça peut tuer la rumeur. Après, faut savoir comment les prendre, les infos. Si c'est stritement de la quantité d'info, chacun y trouvera son compte, avec l'intérêt que ça produira au moins des infos sourcées (l'article posté par Oxy sur Strauss Kahn en est un très bon exemple. Qu'est ce que ça dit, au final? Que DSK a dit à un type un jour que Royal flancherait et que Sarkozy est un bon politicien. Et aussi qu'un diplomate a dit que DSK était pas assez charismatique ni électoraliste pour être élu. Bof.).
Mais sur le fond, je vois pas ce que ça a de nouveau par rapport à des journaux comme le canard enchaîné en France par exemple, si ce n'est que les infos y sont plus chiantes (enfin en ce moment, parce que j'ai lu ici et là qu'ils avaient lâché quelques trucs juteux sur l'Irak).
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Averroès
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MessagePosté le: Jeu Déc 02, 2010 0:45    Sujet du message: Répondre en citant

Citation:
Mais sur le fond, je vois pas ce que ça a de nouveau par rapport à des journaux comme le canard enchaîné en France par exemple


Bon déjà la nouveauté c'est l'échelle: Wiki leaks c'est le monde entier, 400,000 documents sur l'Irak c'est pas rien par exemple.
Ensuite, Le Canard enchaîné produit tout de suite un vrai article à partir des données récoltées. Ils font du politique. Les mecs de Wiki Leaks ne font que récolter de la donnée brute, c'est totalement objectif (dans l'intention en tout cas).
Je te rejoins sur le reste.
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Kuni l'hungus
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MessagePosté le: Ven Déc 03, 2010 17:23    Sujet du message: Répondre en citant

Je suis en train de chercher si l'on peut lire quelque part toutes les merdes écrites hier dans "le libé des philosophes". C'est croustillant.

Roudinesco : WikiLeaks : la dictature de la transparence

Spoiler:



Le déballage par le site WikiLeaks de milliers de courriers, mails et échanges qui auraient dû demeurer secrets jusqu’à l’ouverture des archives par des historiens pose, une fois de plus, le problème de la transparence. Depuis qu’Internet a acquis un pouvoir de divulguer tout et n’importe quoi, des pirates surdoués peuvent se prendre pour les nouveaux Robin des bois d’un altermondialisme pour le moins suspect, consistant à faire croire à leurs internautes que tous les Etats du monde auraient organisé un vaste complot visant à asservir les pauvres citoyens (lire page 4). Ces derniers seraient ainsi les victimes inconscientes d’une puissance obscure et antidémocratique fondée sur le règne du crime et de la corruption. Telle est en tout cas l’idée fixe de cet étrange hacker australien - Julian Assange -, qui se croit un bienfaiteur de l’humanité alors même qu’il est pourchassé - peut-être à tort - par la justice suédoise dans le cadre d’une enquête pour suspicion de viol et d’agression sexuelle. Au point qu’il se cache quelque part en Grande-Bretagne et ne communique plus avec le reste du monde qu’à l’aide d’une messagerie cryptée. «Il est mon fils et je l’aime», a déclaré sa mère à la chaîne australienne ABC.

Arroseur. Si le hacker a pu occuper sur la Toile tantôt la place d’un héros planétaire et tantôt celle d’un suspect adoré de sa maman, le voilà devenu maintenant la proie de ses propres machinations, puisque ses «disciples» sont entrés en dissidence. Ils lui reprochent de s’être compromis avec la presse internationale - El País, le Monde, Der Spiegel, The New York Times, The Guardian -, en acceptant qu’un tri soit effectué dans les documents, permettant de contrôler les «révélations» qu’ils contiennent.

Autrement dit, l’arroseur est arrosé : après avoir fait trembler le monde des puissants, il est accusé par ses propres troupes, plus extrémistes que lui, de s’être conduit en dictateur et d’avoir rompu le pacte de la transparence absolue. Le projet de Herbert Snorrason, étudiant islandais de 25 ans, chef de file des opposants à Assange, repose sur la volonté d’aller beaucoup plus loin encore dans l’organisation du déballage : «Nous souhaitons que la structure de l’organisation du projet soit aussi ouverte que possible. Nous n’envisageons pas d’avoir un contrôle par une seule personne, mais plutôt que la majorité des personnes impliquées participent à toutes les décisions. Nous voulons que ce soit transparent.»

Négociation. Cette surenchère repose sur une logique connue : un groupuscule se scinde pour engendrer un nouveau groupuscule qui se scinde à son tour. L’ennui dans cette affaire, c’est que le processus de déballage ne se limite pas à un règlement de comptes entre un maître saisi par la folie conspirationniste et des groupies habitées par un fantasme de destitution d’une chefferie défaillante. Il révèle d’une part que les gouvernants sont victimes de la même dictature de la transparence que celle qui affecte la vie privée des citoyens - et que seule la loi peut protéger -, et que, de l’autre, les médias sont devenus aussi puissants qu’eux dans la gestion des affaires du monde. La décision de déballer telle ou telle archive plutôt que telle autre a fait l’objet, on le sait, d’une négociation : entre les pirates et la presse, puis entre celle-ci et les gouvernants. Dans cette partie à trois, les premiers sont des voleurs d’archives, les seconds imposent une sélection au nom d’une déontologie qui leur est propre et les troisièmes négocient avec les seconds pour rester maîtres d’un événement qu’ils ne contrôlent pas.

Bien entendu, cette dictature de la transparence possède deux facettes, l’une positive, l’autre négative. Grâce à elle, les crimes commis par les Etats peuvent être révélés en temps réel à l’opinion : actes de torture, bavures militaires, crimes, viols, etc. Mais à cause de cette dictature, toutes sortes de discours délirants peuvent se déguiser en énoncés rationnels : négationnisme, complotisme, divulgations de rumeurs, etc.

Toutefois, le plus étonnant dans cette histoire, c’est que les secrets révélés ne sont rien d’autre que ce que l’on sait déjà. Dans l’exercice de leurs fonctions, les hommes qui nous gouvernent ressemblent aux autres hommes : derrière le semblant propre à toute relation sociale ou diplomatique, chacun est capable d’insulter ou de faire preuve d’une belle sévérité dans ses jugements. A cet égard, pour rétablir l’équilibre entre la nécessité du secret, sans quoi aucun Etat de droit ne saurait exister, et la nécessité d’une certaine rigueur de l’information, il faudra bien trouver une parade à la sottise infantile des nouveaux dictateurs de la transparence.




Un peu plus malin, mais pas pour autant moins con:

Umberto Eco:


Spoiler:

L’affaire WikiLeaks a une double valeur. D’un côté, elle se révèle un scandale apparent, un scandale qui n’apparaît comme scandale que devant l’hypocrisie qui régit les rapports entre les Etats, les citoyens et la presse. De l’autre, elle annonce de profonds changements au niveau international, et préfigure un futur dominé par la régression.

Mais procédons par ordre. Le premier aspect de WikiLeaks, c’est la confirmation du fait que chaque dossier constitué par un service secret (de quelque nation que ce soit) est composé exclusivement de coupures de presse. Les «extraordinaires» révélations américaines sur les habitudes sexuelles de Berlusconi ne font que rapporter ce qui depuis des mois pouvait se lire dans n’importe quel journal (sauf ceux dont Berlusconi est propriétaire), et le profil sinistrement caricatural de Khadafi était depuis longtemps pour les artistes de cabaret matière à sketch.

La règle selon laquelle les dossiers secrets ne doivent être composés que de nouvelles déjà connues est essentielle à la dynamique des services secrets, et pas seulement en ce siècle. Si vous allez dans une librairie consacrée à des publications ésotériques, vous verrez que chaque ouvrage répète (sur le Graal, le mystère de Rennes-le-Château, les Templiers ou les Rose-Croix) exactement ce qui était déjà écrit dans les ouvrages antérieurs. Et ce non seulement parce que l’auteur de textes occultes n’aime pas faire des recherches inédites (ni ne sait où chercher des nouvelles sur l’inexistant), mais parce que ceux qui se vouent à l’occultisme ne croient qu’à ce qu’ils savent déjà, et qui reconfirme ce qu’ils avaient déjà appris. C’est le mécanisme du succès de Dan Brown. Idem pour les dossiers secrets. L’informateur est paresseux, et paresseux (ou d’esprit limité) le chef des services secrets (sinon il pourrait être, que sais-je, rédacteur à Libération), qui ne retient comme vrai que ce qu’il reconnaît. Les informations top secret sur Berlusconi que l’ambassade américaine de Rome envoyait au Département d’Etat étaient les mêmes que celles que Newsweek publiait la semaine d’avant.

Alors pourquoi les révélations sur ces dossiers ont-elles fait tant de bruit ? D’un côté, elles disent ce que toute personne cultivée sait déjà, à savoir que les ambassades, au moins depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et depuis que les chefs d’Etats peuvent se téléphoner ou prendre un avion pour se rencontrer à dîner, ont perdu leur fonction diplomatique et, exception faite de quelques petits exercices de représentation, se sont transformées en centres d’espionnage. N’importe quel spectateur de films d’enquête sait très bien cela, et ce n’est que par hypocrisie que l’on fait semblant de l’ignorer. Toutefois, le fait de le répéter publiquement viole le devoir d’hypocrisie, et sert à placer sous une mauvaise lumière la diplomatie américaine. En second lieu, l’idée qu’un hacker quelconque puisse capter les secrets les plus secrets du pays le plus puissant du monde porte un coup non négligeable au prestige du département d’Etat. Aussi le scandale ne met-il pas tant en crise les victimes que les «bourreaux».

Mais venons-en à la nature profonde de ce qui est arrivé. Jadis, au temps d’Orwell, on pouvait concevoir tout pouvoir comme un Big Brother qui contrôlait chaque geste de ses sujets. La prophétie orwellienne s’était complètement avérée depuis que, pouvant contrôler chaque mouvement grâce au téléphone, chaque transaction effectuée, l’hôtel visité, l’autoroute empruntée et ainsi de suite, le citoyen devenait la victime totale de l’œil du pouvoir. Mais lorsque l’on démontre, comme ça arrive maintenant, que même les cryptes des secrets du pouvoir ne peuvent échapper au contrôle d’un hacker, le rapport de contrôle cesse d’être unidirectionnel et devient circulaire. Le pouvoir contrôle chaque citoyen, mais chaque citoyen, ou du moins le hacker - élu comme vengeur du citoyen -, peut connaître tous les secrets du pouvoir.

Comment un pouvoir qui n’a plus la possibilité de conserver ses propres secrets peut-il tenir ? Il est vrai, Georg Simmel le disait déjà, qu’un vrai secret est un secret vide (et secret vide ne pourra jamais être dévoilé) ; il est vrai, aussi, que tout savoir sur le caractère de Berlusconi ou de Merkel est effectivement un secret vide de secret, parce que relevant du domaine public ; mais révéler, comme l’a fait WikiLeaks, que les secrets de Hillary Clinton étaient des secrets vides signifie lui enlever tout pouvoir. WikiLeaks n’a fait aucun tort à Sarkozy ou à Merkel, mais en a fait un trop grand à Clinton et à Obama. Quelles seront les conséquences de cette blessure infligée à un pouvoir très puissant ? Il est évident que dans le futur, les Etats ne pourront plus mettre en ligne aucune information réservée - cela reviendrait à la publier sur une affiche collée au coin de la rue. Mais il est tout aussi évident qu’avec les technologies actuelles, il est vain d’espérer pouvoir entretenir des rapports confidentiels par téléphone. Rien de plus facile que de découvrir si et quand un chef d’Etat s’est déplacé en avion et a contacté l’un de ses collègues. Comment pourront être entretenus dans le futur les rapports privés et réservés ? Je sais bien que, pour l’instant, ma prévision relève de la science-fiction et est donc romanesque, mais je suis obligé d’imaginer des agents du gouvernement qui se déplacent de façon discrète dans des diligences aux itinéraires incontrôlables, en n’étant porteurs que de messages appris par cœur ou, tout au plus, en cachant les rares informations écrites dans le talon d’une chaussure. Les informations seront conservées en copie unique dans des tiroirs fermés à clef : au fond, la tentative d’espionnage du Watergate a eu moins de succès que WikiLeaks.

J’ai eu l’occasion d’écrire que la technologie avance maintenant en crabe, c’est-à-dire à reculons. Un siècle après que le télégraphe sans fil a révolutionné les communications, Internet a rétabli un télégraphe sur fils (téléphoniques). Les vidéocassettes (analogiques) avaient permis aux chercheurs en cinéma d’explorer un film pas à pas, en allant en avant et en arrière et en en découvrant tous les secrets du montage, alors que maintenant les CD (numériques) ne permettent que de sauter de chapitre en chapitre, c’est-à-dire par macroportions. Avec les trains à grande vitesse, on va de Rome à Milan en trois heures, alors qu’en avion, et les déplacements qu’il inclut, il faut trois heures et demie. Il n’est donc pas extraordinaire que la politique et les techniques de communications en reviennent aux voitures à cheval.

Une dernière observation. Autrefois, la presse essayait de comprendre ce qui se tramait dans le secret des ambassades. A présent, ce sont les ambassades qui demandent les informations confidentielles à la presse.

Traduit de l’italien par Robert Maggiori

Umberto Eco est titulaire de la chaire de sémiotique de l’université de Bologne. «De l’arbre au labyrinthe : Etudes historiques sur le signe et l’interprétation», Grasset, 2010. «Il Cimitero di Praga», Bompiani, 2010.




Françoise Gaillard (j'ai pas encore lu):

Quand le citoyen se complaît dans le complot (c'est aussi pour ça que j'ai pas lu)

Spoiler:

«On nous cache tout !» Cette phrase résume l’état d’esprit qui se développe dans les démocraties occidentales, moins avides qu’on ne pourrait le penser de transparence absolue qu’atteintes de syndromes paranoïdes. C’est cette thèse conspirationniste, exploitée par des séries télévisuelles cultes comme X Files et actualisée par le 11 Septembre, qui constitue le fonds de commerce de sites comme WikiLeaks. Ces sites, qui se sont fait une spécialité de la fuite d’informations, rencontrent un succès grandissant sur le Web. Il n’est pas sûr, d’ailleurs, que la reprise de leurs révélations «top secret» par les grands médias ne finisse par tuer la poule aux œufs d’or, car quel est, pour le commun des mortels, l’intérêt d’une information secrète lorsqu’elle perd, avec son secret, la jouissance pour ceux qui la connaissent de faire partie de «ceux qui savent» ?

Menace. Mais le problème posé aujourd’hui par la divulgation de notes d’ambassades et de propos tenus off the record par des chefs d’Etat sur leurs pairs ou sur le sort du monde n’est pas là. Heureusement que nous ne sommes plus à l’époque où un coup d’éventail ou un adjectif déplacé pouvaient déclencher des guerres ! Faut-il voir là le signe d’une maturité de nos démocraties ? Pas sûr. On a beaucoup glosé sur les dangers que représente pour les Etats le déballage sur la place publique de leurs arrière-pensées et de leurs motivations inavouables. Et il est vrai qu’une telle divulgation représente une véritable menace pour leur sécurité, tant extérieure qu’intérieure, sans qu’on puisse arguer, en contrepartie, d’un bénéfice réel pour le citoyen. Sans compter que cela vient fausser les règles du jeu sur lesquelles repose, depuis la fin de la guerre froide, l’équilibre fragile du monde.

Complices. On comprend alors l’inquiétude non seulement des pouvoirs en place, mais aussi de tous ceux qui sont attachés au bon fonctionnement de la démocratie. L’intéressant dans cette affaire, c’est aussi ce qu’elle révèle sur nos passions ordinaires. Loin de calmer le conspirationnisme qui s’entretient de la certitude que la vérité est ailleurs, des sites comme WikiLeaks la renforce. La révélation d’informations jusque-là cachées devient dans les esprits la forme subtile et perverse que prend à l’heure d’Internet et des blogs le grand complot. Surtout lorsque l’on découvre que ce que l’on a appris se disait dans les cafés du commerce et s’écrivait dans certains médias : «Que l’Arabie Saoudite ne veut pas de bien à l’Iran ; qu’Hugo Chávez ne souhaitait plus voir Hillary Clinton s’occuper des Affaires étrangères ; que les chefs d’Etat disposent les uns sur les autres de fiches informatives peu flatteuses qui sont autant de portraits que n’aurait pas reniés un saint Simon. Ce n’était donc que ça ! Impossible ! Il doit bien y avoir autre chose. Tous dans le coup pour nous tromper ! Car vous n’allez tout de même pas croire que la Maison Blanche n’est pas à l’origine des fuites et que les grands journaux sont tout à la fois manipulés et complices.»

Mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, croire qu’il y a des choses cachées est moins grave pour la santé des démocraties que l’inverse, car ne pas le croire reviendrait à ne plus croire au politique et à son exercice.




Jean Claude Monod: (rien à tirer)

Ogre Internet et journalistes, un nouveau rapport de forces
Libé des philosophes

La presse court après le Web, mais celui-ci semble désormais légitimer l’expertise.

Spoiler:

Les dites «révélations» de WikiLeaks peuvent apparaître comme le triomphe d’un «nouveau média», Internet, sur les anciens. La presse mondiale ne se met-elle pas à la roue d’un média typique de l’ère des hackers ?

Cette apparence masque peut-être une situation plus complexe. Au plan médiatique, la grande nouveauté de cet événement tient à ce que les «fuites» n’ont pas d’abord été publiées «en bloc» par WikiLeaks pour être ensuite triées, commentées, expertisées par la presse écrite, comme cela avait le cas pour les précédentes fuites concernant l’Irak et l’Afghanistan. Le site a collaboré en amont avec cinq grands journaux internationaux pour diffuser conjointement avec eux une sélection des 250 000 documents officiels confidentiels. Autrement dit, l’expertise de la presse écrite a ici été sollicitée par l’ogre Internet, qui semble soudain s’aviser qu’il n’est peut-être pas de bonne méthode de dévorer ses propres parents. On semble admettre que l’information doit être analysée pour ne pas être écrasée par sa propre masse, et que tout n’est pas forcément bon à publier.

Y a-t-il là l’amorce d’une redistribution des puissances médiatiques, qui relégitime la force de commentaire et d’expertise de la presse écrite «de qualité» face à la déferlante d’informations brutes du Net ? Ou bien, malgré la caution attendue de la presse écrite, est-ce plutôt la logique massive et non hiérarchisée du Web et du fondateur de WikiLeaks qui gagne du terrain, choisit «ses» journaux et leur dicte un mode de publication dénué de véritable travail de vérification, de recoupement, de réflexion ?

Le processus est assurément à double face. La presse écrite tente de faire valoir son savoir-filtrer et son sens de la «responsabilité» dans ce qu’elle rend public ; mais, comme la démocratie elle-même, elle est aussi emportée par un mode d’approche de l’actualité qui fait la part beaucoup trop belle à la mise en ligne immédiate, au colportage de petites phrases, à la rumeur, à la focalisation sur les vertus et les vices personnels, à l’anecdote pure, au détriment d’analyses en profondeur.

Certes, le contenu des «fuites» alterne ce que Hegel aurait appelé le «point de vue du valet de chambre» sur la politique avec de véritables prospectives géopolitiques (effondrement de la Corée du Nord lâchée par la Chine…). S’il n’y avait dans ces fuites rien que de l’anecdotique, tout cela serait anodin. Mais il y a aussi des éléments véritablement gênants pour les gouvernants, pour les diplomates, et la question devient alors celle des vertus et des limites de la transparence dans le domaine des relations internationales.

La nouveauté est ici que cette logique de «déprivatisation», dans toute son ambivalence (démocratique ou pseudo-démocratique ?), gagne la sphère même des relations interétatiques, domaine traditionnel du secret, de l’espionnage et des arcanes de l’Etat. Victoire de la transparence ou extension du domaine du people ?

Faut-il se réjouir que la culture d’opacité des souverainetés soit battue en brèche ? Pour une part, sans doute ; mais peut-on imaginer une diplomatie sans secret, y compris pour résoudre des conflits et des crises ? Hillary Clinton a renvoyé la balle en liant le sort de la diplomatie et celui du journalisme sérieux : tous deux impliquent une part de confidentialité.

Hannah Arendt le suggérait : une des tâches les plus difficiles de la pensée politique instruite par le XXe siècle est de penser ensemble la nécessaire publicité de l’espace démocratique et la nécessaire préservation d’une sphère de secret, faute de quoi, écrivait-elle, «la lumière de la publicité obscurcit tout».



D'ailleurs ils ont fait tout le journal rien qu'avec des "philosophes", des vrais, issus de l'université fraco-italienne.
Faut en parler dans la section autre média, d'ailleurs, de ce truc:

Un nouveau média: Le journal philosophe. C'est à hurler de rire.

Allez, en Bonus track, la conférence de rédaction:

http://www.liberation.fr/medias/06012742-5-jours-a-la-une-wikileaks-pose-le-probleme-du-pouvoir-de-la-presse-sur-le-politique

Critiques à venir (histoire de montrer que j'ai pas que de la gueule)
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Oxyure
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MessagePosté le: Jeu Déc 09, 2010 10:39    Sujet du message: Répondre en citant

Après la contre attaque des hackers pro-wikileaks

L'info du jour :

http://www.lepoint.fr/monde/russie-wikileaks-visa-et-mastercard-au-coeur-de-troublantes-revelations-08-12-2010-1272689_24.php
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MessagePosté le: Jeu Déc 16, 2010 15:03    Sujet du message: Répondre en citant

Pr les Wikileux

https://secure.avaaz.org/fr/wikileaks_petition/?rc=fb

Citation:
L’effroyable campagne d’intimidation à l’encontre de WikiLeaks est une attaque contre la liberté de la presse et la démocratie. Nous avons besoin, de toute urgence, d’un tollé public général pour arrêter la répression

-- si nous atteignons 1 million de voix, Avaaz fera publier des annonces pleine page dans les journaux américains cette semaine--
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Tiny
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MessagePosté le: Jeu Déc 16, 2010 16:29    Sujet du message: Répondre en citant

Wink
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Conufs
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MessagePosté le: Jeu Déc 16, 2010 20:44    Sujet du message: Répondre en citant

Je ne sais si vous êtes au courant de la création plutôt intéressante (sur papier) d'une "alternative" disons, à savoir OpenLeaks (site créé le 13 Dec)

http://www.01net.com/editorial/524744/des-decus-de-wikileaks-organisent-leur-fuite-sur-openleaks/
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Oxyure
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MessagePosté le: Mer Déc 22, 2010 22:15    Sujet du message: Répondre en citant


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MessagePosté le: Mer Déc 22, 2010 22:43    Sujet du message: Répondre en citant

Conufs a écrit:
Je ne sais si vous êtes au courant de la création plutôt intéressante (sur papier) d'une "alternative" disons, à savoir OpenLeaks (site créé le 13 Dec)

http://www.01net.com/editorial/524744/des-decus-de-wikileaks-organisent-leur-fuite-sur-openleaks/

C'est le truc auquel Roudinesco faisait référence dans l'article que j'ai cité un peu plus haut. (Faut suivre, hein). Elle s'appuie là-dessus pour dire de la merde, mais ceci mis à part, c'est pas mal, et eux, ils ont pas l'air de faire de se vendre au Times pour limiter les fuites.
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MessagePosté le: Mer Déc 22, 2010 22:52    Sujet du message: Répondre en citant

Un très bon article de Fabrice Epelboin (ReadWriteWeb) qui permet d'y voir un peu plus clair.

http://fr.readwriteweb.com/2010/12/13/a-la-une/si-wikileaks-tait-une-chance/

Grossomodo, il semblerait que le but d'Assange soit de stresser les organisations "injuste" sur la sécurité de leur informations sensibles, ce qui aurait pour effet de diminuer leur efficacité, de les enrailler.

Un petit extrait de l'article :
Spoiler:


Plus une organisation est secrète ou injuste, plus la possibilité d’une fuite y amène peur et paranoïa au sein des ses dirigeants et de ses cadres. Cela doit aboutir à une diminution de l’efficacité de ses mécanismes de communication internes (et une augmentation de la ‘taxe au secret’) et à un déclin de la capacité à traiter de l’information de l’ensemble du système, qui aboutirait à une incapacité à conserver le pouvoir dans un environnement qui demanderait de s’adapter.

Par conséquent, dans un monde ou les fuites sont faciles, les organisations secrètes ou injustes seraient plus touchées que les organisations ouvertes et justes. Puisque les organisations injustes donnent naissance à une opposition, et n’arriveront à conserver le pouvoir qu’à peu d’endroits. Des fuites publiées en masse les laisseront vulnérables et à la merci de ceux qui cherchent à les remplacer par des formes plus ouvertes de gouvernance.

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MessagePosté le: Mer Déc 22, 2010 23:15    Sujet du message: Répondre en citant

Kuni l'hungus a écrit:

C'est le truc auquel Roudinesco faisait référence dans l'article que j'ai cité un peu plus haut. (Faut suivre, hein)

Effectivement.
Glaz a écrit:
le but d'Assange soit de stresser les organisations "injuste"



Reste à savoir quelles sont les principales organisations injustes.
C'est quand ils veulent pr Ahmadinejad, Kim Jong-il, Hu Jintao, Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud, Giorgio Napolitano (qui copule tranquillement avec Berlusconi), Dmitri Medvedev...
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MessagePosté le: Mer Déc 22, 2010 23:21    Sujet du message: Répondre en citant

Pour que ça marche, faut des balances Very Happy
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