enculture Index du Forum
 FAQFAQ   RechercherRechercher   MembresMembres   GroupesGroupes   S'enregistrerS'enregistrer 
 ProfilProfil   Se connecter pour vérifier ses messages privésSe connecter pour vérifier ses messages privés   ConnexionConnexion 

Projectile (J. & E. LeGlatin, 2012)

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    enculture Index du Forum -> Bande dessinée
Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant  
Auteur Message
Carton
Drogué


Inscrit le: 09 Fév 2010
Messages: 1954

MessagePosté le: Mer Nov 14, 2012 23:53    Sujet du message: Projectile (J. & E. LeGlatin, 2012) Répondre en citant



PROJECTILE, de J.& E. Leglatin, edition The Hoochie Coochie.

Projectile travaille un univers réduit assez simple a priori (bien sûr, il est en fait infini et complexe), deux personnages, Caporal et Commandant (mais sont-ils encore Caporal et Commandant ? L’éditeur affirme qu’ils sont désormais sans nom), amis-frères-amants-ennemis, dans un monde abstrait, entre le Coconino de Krazy Kat et les montagnes du Génie des alpages ; qui serait en guerre, ou dans l’attente d’une guerre, ou en paix en fait, ça dépend. Sur ce mince point de départ, on passe d’un récit court à un autre, et à chaque fois on recommence comme si le récit précédent n’avait pas existé, comme plusieurs variations d’une même situation. Mais des variations profondes, où ce qui se rejoue ne s’est jamais joué, où les rapports entre les personnages n’ont jamais été vraiment ce qu’ils sont cette fois là, où leur rapport au monde n’a jamais été exactement celui là. C’est une sorte de surplace toujours en mouvement, ça répète mais les mots sont à chaque fois différents, les intentions renouvelées et réinventées, on se déteste ou on s’aime, on s’aide ou on se tue, on part à l’aventure ou on attend qu’il se passe quelque chose, on comprend tout et puis non, le doute nous assaille.
Tout vacille toujours dans Projectile, d’un récit à l’autre mais aussi dans le récit même, le monde est parfois difficile à appréhender. Un arbre majestueux peut être un décor en bois, un personnage est là et ailleurs, il n’y a que la parole pour structurer tout ça, faire le tour du réel et lui donner du sens, expliquer à l’autre ce que tout ça veut dire. Alors Caporal et commandant passent leur temps à se parler (sauf dans un des récits complètement muet), à se raconter la vie, à se dire ce qu’ils voient et ce qu’ils pensent, et à commenter tout ça. Mais cette parole est elle aussi vacillante, à la fois folle et solide, proche de l’incantation autant que du raisonnement logique, nommer le monde c’est lui donner un sens, mais si ce nom est fou le monde bascule tout de même (on cherche à la faire basculer d’ailleurs, tant il est vrai que dans ce livre on se méfie des codes et du sens caché).
Il y a un vrai plaisir des mots, l’invention d’un phrasé, d’une tournure du langage qui est assez rare en bande dessinée, des phrase comme des labyrinthes parfois, et ça crée toute une forme qui joue sur le rythme de lecture, sur l’espace de la page, autant que sur le sens. Que la parole soit à ce point là centrale, c’est déjà quelque chose de remarquable. Et ce qui finalement tient tout ça, ce qui fait qu’on ne verse pas dans l’absurde bavard ou l’onirique facile et que l’ensemble a bien les pieds rivés au sol, un tout très solide, c’est d’abord un dessin aux contours souples et francs, aux noirs élégants. C’est aussi un travail impeccable sur la structure des pages, une mise en scène rigoureuse tout en rimes, en agencement et en symétrie, où chaque case répond aux autres dans la page, où sa taille, sa forme et sa place font sens, où même les plus simples gaufriers font preuve d’une science du rythme et d’une précision formelle. Et ça crée autant une architecture qu’une fluidité. Souvent ça produit des moments d’une très grande beauté (le récit muet, et les deux dernières histoires par exemple, où il y a des mouvements qui vont directement vers l’émotion. Ce qui se passe dans cette page sur un paysage vu du ciel, ou dans celle en vue subjective d’un personnage qui brûle en dansant, c’est fort).
Depuis que je suis tombé sur les comics de Caporal et Commandant auto-publiés par les frères LeGlatin, j’ai été enthousiasmé par leur travail à chaque fois meilleurs que le précédent. Il y a souvent une grande joie à l’œuvre là dedans, même dans les moments de gravité. Là c’est certainement leur plus beau livre.




_________________
La Quadrature


Dernière édition par Carton le Mar Nov 20, 2012 1:10; édité 1 fois
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Docteur C
Invité





MessagePosté le: Lun Déc 03, 2012 17:11    Sujet du message: Répondre en citant

Je livre aussi un bref compte-rendu de lecture du même Projectile sur le site Bulledair.
Revenir en haut de page
Carton
Drogué


Inscrit le: 09 Fév 2010
Messages: 1954

MessagePosté le: Mar Déc 04, 2012 15:49    Sujet du message: Répondre en citant

Docteur C a écrit:
Je livre aussi un bref compte-rendu de lecture du même Projectile sur le site Bulledair.


ça vaudrait le coup de copier le texte ici, c'est un très bon compte rendu de lecture.
_________________
La Quadrature
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Docteur C
Invité





MessagePosté le: Mar Déc 04, 2012 18:36    Sujet du message: Répondre en citant

Bosse de Nage a écrit:
Carton a écrit:

ça vaudrait le coup de copier le texte ici, c'est un très bon compte rendu de lecture.


oui, on pourrait rassembler ici tout ce qu'on écrit de part et d'autre sur le livre pour rendre ça plus clair pour les encultés.


Non non je pense que c'est très bien que ces textes existent dans trois espaces distincts, ce qui n'empêche pas de les lire à partir d'ici et qu'ils dialoguent. C'est bien pourquoi j'ai mis mon texte en lien.
Revenir en haut de page
C. de Trogoff
Que dalle


Inscrit le: 04 Déc 2012
Messages: 1

MessagePosté le: Mer Déc 05, 2012 1:49    Sujet du message: Répondre en citant

Tandis que la ville reste au loin, jusqu'où vont se suivre ces deux hommes ?
Ramper à nouveau, sauter aussi, se raviser ou sauter encore, attendre trop, couper et changer d'avis, mais le temps est gelé ...
Alors il faut tourner en rond, tenter d'exprimer ou garder pour soi et finir par le geste nu.
Jeu, dérision, nonsense sont les armes dont usent Caporal & Commandant devant les désillusions, l'amertume, la mélancolie qui a le culot, ici, de s'incarner.
Alors, le trait toujours plus sûr s'épanouit à travers les pages et nous donne, là une rondeur, ici une noirceur où puise le récit.
1, puis 2, c'est le chiffre qui fait face à la multitude, à moins que ce ne soit au néant, le mirage d'une ville.
2, chiffre qui crée sans sacrifice, contenant toutes les combinaisons, regardant le 1 de l'horizon, imprenable mais indispensable.
Caporal, Commandant, rapport d'autorité où il est tentant de prouver à tous prix : que l'on peut, que l'on sait, qu'il faut.
Un rapport dans lequel l'attente se fait ensemble ou ne saurait être permise, quoi qu'il en coûte de souvenirs et d'angoisses.
En ce point, la retrouvaille est nécessaire, le partage vital et, paradoxalement, la compréhension forcément fugace.
Sentinelles observant la perdition de leur propre monde, ou pas, voici la complexité des rapports humains (dont le poids nous écrase tous) dans une action toujours au bord du dérapage sur place, de la rupture, de la combustion.
Dans cette dérive ce sont à ces trouées de réel auxquelles nous convient les frères LeGlatin. Des chroniques où les solitudes nous réchauffent de l'immensité.
_________________
Une petite âme qui porte un cadavre
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
Docteur C
Invité





MessagePosté le: Dim Déc 16, 2012 12:40    Sujet du message: Répondre en citant

Un très beau texte, aussi, C. de Trogoff, tant qu'à intervenir sur ce sujet.

Je relaie cette annonce à la demande de l'Égouttoir :

« À la mi-octobre The Hoochie Coochie publiait Projectile (http://www.du9.org/chronique/projectile), grand et beau livre de J&E LeGlatin. On y retrouvait Caporal & Commandant, personnages bien connus des lecteurs de Gorgonzola et Turkey Comix, habitués à se délecter de leur fascinantes joutes verbales, résurrection après résurrection.



L’Égouttoir souhaite accompagner cette sortie en remettant en avant un titre passé trop inaperçu, le magnifique Caporal & Commandant recueillis, qui reprend les premiers récits des deux personnages. Bien qu'il n'y ait pas de chronologie interne à la série, le lecteur voit dans ce premier volume se forger le langage, la rythmique si particulière, la mythologie propre à cet improbable couple qui explore sans relâche sa si étrange relation.

Présenté sous une jaquette soigneusement sérigraphiée, Caporal & Commandant recueilli était le premier acte d'une série qui n'a cessé de grandir depuis. Une série radicale et métaphysique sans être gratuite, un dialogue qui installe petit à petit son évidence et vaut amplement d'être (re)découvert.

Malheureusement, des aléas éditoriaux et la faillite de son diffuseur ont rendu le livre indisponible en librairie, lui empêchant d'obtenir l'attention qu'il méritait. Afin de réparer cette injustice nous offrons jusqu'en mars pour toute commande comprenant Caporal & Commandant recueillis les frais de port en France métropolitaine, et un tarif spécial vers le reste du monde.

Le site de l’Égouttoir : http://legouttoir.free.fr »
Revenir en haut de page
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    enculture Index du Forum -> Bande dessinée Toutes les heures sont au format GMT + 2 Heures
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas voter dans les sondages de ce forum


Powered by phpBB and iRn
Traduction par : phpBB-fr.com
Protected by Anti-Spam ACP