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Une vie violente (Thierry de Peretti, 2017)

 
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Baldanders
dans le coma profond


Inscrit le: 23 Déc 2010
Messages: 1000

MessagePosté le: Lun Oct 16, 2017 15:35    Sujet du message: Une vie violente (Thierry de Peretti, 2017) Répondre en citant



Je comptais écrire un jour ou l'autre sur ce film que je considère comme le meilleur de l'année (jusqu'ici), mais je ne ferai pas mieux que mes camarades de Nouvelles du Front, ainsi permettez-moi de les citer longuement :

Citation:
Avec son titre éminemment pasolinien, le second long-métrage de Thierry de Peretti intitulé Une vie violente ambitionne justement de revenir sur cette période, en proposant le fil conducteur d'une trajectoire militante à vocation générationnelle, toute imprégnée de l'histoire de Nicolas Montigny, militant du groupe Armata Corsa assassiné de plusieurs balles à l'âge de 27 ans à Bastia en 2001. La figure du militant qu'il brosse est d'autant plus remarquable qu'elle est interprétée par un jeune acteur non professionnel, Jean Michelangeli, dont le visage renfrogné, broussaille de cheveux noirs sur le front, nez épaté et lunettes à grands carreaux masquant ses petits yeux, exposerait les contrariétés de la persévérance lentement obscurcie par un faisceau de raisons allant de la maladresse des camarades têtus, à l'opacité relative de la direction politique en passant par l'obtusité des réflexes au principe des représailles. D'emblée, Stéphane est filmé à son réveil, puis au téléphone, de dos. Comme un être buté (en exil à Paris, il veut à tout prix revenir en Corse alors qu'il y est persona non grata) qui prend alors le risque de l'être autrement (son retour est motivé par l'assassinat ciblé de l'un de ses camarades de lutte). La prééminence de son dos ferait alors que sa conversation elle-même serait à moitié absorbée comme on mange certaines phrases quand on parle dans sa barbe. Et puis, très vite, s'imposent avec le reste du film le privilège des plans larges et le recours des longues focales, les prises longues et les cadrages fixes à peine accentués de légers panoramiques, les pans de mur en amorce et l'insistance des seuils en guise de surcadrage, l'alternance des extérieurs baignés par la lumière méditerranéenne et des intérieurs dévorés par le clair-obscur. Et puis aussi les paroles dites de loin, presque déboîtées par rapport aux personnages qui les prononcent de dos, et plus d'une fois recouvertes du voile de l'accent et du dialecte. La distance est une nécessité qui frappe le regard et elle s'opposera exemplairement à l'intronisation directement mise en scène en ouverture de 120 battements par minute (2017) de Robin Campillo afin d'offrir au spectateur la condition imaginaire de novice découvrant de l'intérieur les arcanes de l'association militante Act Up-Paris. Pour Robin Campillo, l'impératif consiste à créer le site imaginaire où le spectateur serait comme à côté des personnages. Le désir de Thierry de Peretti impose plus justement au sien de considérer que ce qu'il verra le sera mais d'assez loin (dans l'espace mais aussi dans le temps), de l'autre côté d'un monde qui, s'il est visible, n'est cependant pas entièrement accessible. Stéphane est borné en risquant sa vie pour retourner sur l'île où son destin est scellé par l'obtusité d'une situation où la hauteur des idées est pratiquement obscurcie par les contradictions d'un terrain miné. Mais il faut comprendre aussi que la borne est l'autre nom du seuil et de la limite nécessaires à rappeler au spectateur qu'il y a un écart décisif à respecter et que jamais n'effacerait la mise en scène (au contraire, l'écart en est constitutif), distinguant la situation du spectateur du site lui permettant de considérer une réalité qui ne se présente à lui qu'en raison d'une distance qui tire du réel une visibilité contrariée. La distance est le filigrane, un filtre dont l'opacité se jouerait d'ailleurs à deux niveaux : pour le héros qui monte dans l'organisation en n'échappant pas aux contradictions d'un positionnement intermédiaire ; pour le spectateur qui saisit les formes phénoménales de sa trajectoire au risque de son illisibilité cryptique relative.


La suite sur leur site (lien à copier/coller) : https://nouvellesdufront.jimdo.com/cinématographique-1/autres-textes-de-cinéma-de-91-à-100/des-militants/
(je trouve leur texte sur 120 bpm très juste aussi)
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Baldanders
dans le coma profond


Inscrit le: 23 Déc 2010
Messages: 1000

MessagePosté le: Jeu Jan 11, 2018 15:12    Sujet du message: Répondre en citant

Hey ! Je découvre que Kitty a aimé ! Tu viens raconter ?
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Zahad le rouge
dans le coma profond


Inscrit le: 11 Fév 2010
Messages: 1968

MessagePosté le: Sam Jan 13, 2018 11:40    Sujet du message: Répondre en citant

Quelqu'un aurait un lien pour voir ça ?
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Hello--Kitty
dans le coma profond


Inscrit le: 03 Nov 2010
Messages: 2036

MessagePosté le: Sam Jan 13, 2018 12:12    Sujet du message: Répondre en citant

Baldanders a écrit:
Hey ! Je découvre que Kitty a aimé ! Tu viens raconter ?

Alors je n'ai pas beaucoup de temps mais je vais le dire vite… Je suis en train de rattraper un paquet de films français de 2017 et bien sûr la majorité de ces films m'indiffèrent. Une vie violente a réussi à me capter, voire à me captiver, et c'est déjà un petit exploit en soi, en tout cas ça situe le film dans le haut du panier de "la production hexagonale", comme on dit. Je vais sans doute dire une banalité mais il me semble que ce film dépasse largement la question corse, ce qui m'a surpris. Ça m'a rappelé un film israélien que j'avais beaucoup aimé, et dont j'ai oublié le titre, sur les conflits à l'intérieur des mouvements palestiniens, par exemple. Il y a des choses qui ne devraient pas du tout marcher et qui fonctionnent très bien, par exemple la démonstration du début (forcément un peu didactique) sur le héros apolitique qui va se radicaliser par le passage en prison*.

Personnellement, j'ai eu le sentiment que le film était extrêmement ironique, de manière souterraine. Comme je n'ai pas encore eu le temps d'en parler avec d'autres personnes, je ne sais pas si je suis le seul à le recevoir comme ça et si je suis à côté de la plaque mais le portrait de tous ces hommes qui se gargarisent d'être les seuls à être autorisés à parler au nom du "peuple" ("Le peuple sait !", réplique géniale dans son côté péremptoire, qui clôt le débat), les seuls à avoir des intentions pures dans les pratiques mafieuses (le racket du chef d'entreprise qui travaille avec les Portugais, censé servir à payer les études du frère de l'un des gars), m'a semblé férocement critique. Vous avez eu cette impression ou pas du tout ? Il y a aussi la façon dont le héros rabaisse sa fiancée en évoquant systématiquement sa médiocrité intellectuelle… Il y a ces hommes qui à tout bout de champ estiment faire la guerre alors que leur guerre se résume à abattre à dix un homme qu'ils viennent de kidnapper et qui pleurent lorsque la vraie guerre commence vraiment, et passent alors leur temps à parler de leur destinée tragique pour impressionner leur entourage. Il y a le verbiage révolutionnaire, moitié jargon marxiste moitié poésie pastorale, du mentor lorsqu'il donne son interview. Tout ça aboutit à ce plan formidable où les mères sont autour de la table et résument en quelques secondes tout ce qu'on vient de voir, toute cette logique implacable (et notamment d'ailleurs le fait que ces militants ne sortent qu'avec des bécasses qu'ils peuvent dominer et impressionner aisément), tout ce gâchis.

Je ne suis pas forcément un grand amateur de la "distance" dont parle le texte que tu as cité, mais il y a beaucoup de choses qui m'ont épaté dans Une vie violente : la façon dont le film refuse obstinément de filmer "la beauté du paysage" corse par exemple (voir l'ellipse entre le Paris du début et le retour en Corse : on a quasiment l'impression d'être dans la même ville), le fait qu'on a l'impression de comprendre tous les enjeux alors qu'on ne saisit que des bribes de dialogues, la force de tous les acteurs et notamment le personnage principal, l'impact de certains plans même les plus touchy (le plan final notamment).

Bref j'ai beaucoup beaucoup aimé et, cette année, à part le documentaire de Valeria Bruni-Tedeschi et le film d'Edouard Baer (qui est là plutôt dans le registre de ce que j'adore habituellement), et en mettant de côté une affection personnelle pour le film de Guillaume Canet, je n'ai pas tellement vu d'autres films français aussi scotchant (terme un peu idiot mais qui exprime bien ce que je veux dire).


Parenthèse: l'ouverture du film m'a semblé être la même que celle du Saint Laurent de Bonello.

* D'ailleurs où sont-ils à ce moment-là ? Forcément dans une prison corse j'imagine ?

Zahad le rouge a écrit:
Quelqu'un aurait un lien pour voir ça ?

Je n'ai pas trouvé… Le DVD devrait être édité pourtant.
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Baldanders
dans le coma profond


Inscrit le: 23 Déc 2010
Messages: 1000

MessagePosté le: Dim Jan 14, 2018 19:29    Sujet du message: Répondre en citant

Hello--Kitty a écrit:
Zahad le rouge a écrit:
Quelqu'un aurait un lien pour voir ça ?

Je n'ai pas trouvé… Le DVD devrait être édité pourtant.


Il vient juste de sortir.
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Hello--Kitty
dans le coma profond


Inscrit le: 03 Nov 2010
Messages: 2036

MessagePosté le: Lun Mar 12, 2018 16:01    Sujet du message: Répondre en citant

D'après ce que j'ai compris, un montage des entretiens réalisés pour le casting d'Une vie violente constitue un film, Lutte jeunesse, qui sera présenté au Festival de Brive.

Citation:
Des jeunes hommes corses témoignent face caméra du rapport qu’ils entretiennent avec leur île, son passé et son présent. À travers les mots se dessine le portrait de toute une génération, entre tentation du nationalisme et rêves d’un nouveau départ, ailleurs.


https://vimeo.com/237730024
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